10.10.2006

L'homme qui marche en dansant

A l'hotel Menata, on trouve :
- un grand allemand avec des rastas blonds hirsutes parce que constitués en fait de cheveux longs pas entretenus. Il sera surnommé en wolof : l'homme aux cheveux de bouc. Il parle bien l'arabe, il se fait des amis à tour de bras le salopard. C'est avec lui que je suis allé à Rosso, ville frontière qui possède une fesse mauritanienne et une autre Sénégalaise. Etudiant en physique et philosophie, il débat avec Brahim (magasinier dans une entreprise agro-alimentaire) sur la situation économique et sociale de l'Afrique. Le mec est le plus voyageur que j'ai rencontré : Pakistan, Afghanistan, Turquie, Syrie, Guinée Conakry, Sénégal, Inde, pfou...il revient pour la 3e fois en Guinée conakry qu'il préfère.
- Un "artiste plasticien" de Paris qui finance son voyage de 2 ans en envoyant des dessins à ses abonnés : 65 français qui lui fournissent chacun 10 euros par mois. Il a eu du mal à se détacher du Maroc qu'il a parcouru 5 mois.
-Des mecs assez prétentieux qui bossent pour une société d'audit téléphonique, je sais pas ce qu'ils mettent derrière, en tout cas ils en parle de leur boite comme si j'allais m'ébahir devant son nom prononcé. Tellement ébahi d'ailleurs que j'ai oublié.
- Un français grisonnant tout sec à l'air mélancolique qui se trimballe en 4x4 jusqu'en Centrafrique.
Sur le chemin de Rosso, on a rencontré le Brahim cité plus haut. Il se dit optimiste pour l'avenir de la Mauritanie, d'où un débat animé durant les 2h30 de voyage. Il nous emmene dans un village à 2 km de la ville, où je me suis cru au Sénégal. Au bord d'un marigot, des habitations carrés lézardés devant lesquelles on prend le thé. Mangé un super tajine au chameau, un plat du sénégal au poisson dont j'ai pas retenu le nom, et un plat spaghetti/poulet avec une sauce qui fait la différence. Je me méfie fortement des moustiques étant donné que j'suis pas vacciné contre la fièvre jaune ni pourvu de traitements anti palu. Une tellement pleine lune cette nuit là qu'on y voyait clair comme sous un réverbère. Il y a des poulets, des chèvres et des chats qui circulent un peu partout. C'est reposant de Nouakchott et ses zombies-taxis R12 qui roulent avec souvent des objets long en bois ou en ferraille qui dépasse de la fenêtre de beaucoup trop près de ton crâne. En plus il y a des p'tits oiseaux bleus, rouges, jaunes à tête noir, qui respectivement gazouille, trucluctent et flipamoillent, de la verdure et des petits nenfants vifs.
Au retour, je contacte Tof qui est accoudé au comptoir d'un bar où il y a du muscadet, plein comme un wagon de minerai de fer. Il me conseille d'aller discuter avec le gros monsieur à barbe blanche et lunettes qui sirote des bière avec une plantureuse fille. Effectivement, le gonze est prospecteur minier, il est d'origine belge bien qu'il soit né en Afrique, il a foré dans tous les pays Africains excepté la Guinée Equatoriale et le Nigéria. Il m'a raconté les pratiques pas belles des compagnies minièrs d'Afrique du Sud qui rejettent les déchets aurifères (plein d'arsenic pour séparer les particules d'or) dans des bassins à peines impérméabilisés, la tactique d'exploitation forestière abusives dans les pays avoisinant en laissant de côtés ses propres reserves territoriales pour imposer ses prix quand les bois se feront rares, et plein d'autres choses révoltantes dégeulasses qu'il a vu. Bref un afro pessimiste en puissance. Il a repondu à ma curiosité sur l'assassinat de Lumumba, de Thomas Sankara (si ça vous dit, allez taper ces noms sur Wikipedia) et m'a donné sa version de l'assassinat de Philippe Dedieuleveult (présentateur à succès de La chasse au trésor et membre de la DGSE) qu'il a rencontré peu avant sa mort au Zaîre. C'était presque comme l'émission de Monsieur X sur France Culture (sauf que Mr X il sent pas l'alcool).
Aller me coucher, fatigue. Je comptais partir demain pour Atar et Zouerat mais il y a eu une sacré tempête à Nouadibou, et le train de minérai que je comptais prendre a eu un petit accident. Flûte.
PS : l'objet du message, c'est le surnom qu'on m'a refilé au côté de mon ami le grand bouc teuton.